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"Parce que le sexe est politique"

  

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*J'ai une petite bite... et alors!

--> virilité et oppression

J'ai une petite bite... et alors!





-> Source: bangbang, fanzine queer.


J'ai une petite bite... et alors!



-> Par BIP.

En dépit d'un titre plutôt provo, c'est d'un sujet plus que sérieux dont je voudrais parler.

Quand cela a commencé, je ne saurai le dire. Ce qui est certain, c'est que depuis le moment où je me suis dit que j'avais un petit sexe, sous entendu un sexe trop petit (par rapport à quoi ? à qui ?), un sexe qui ne grandit pas alors que le reste de mon corps grandit, cette pensée n'a cessé de m'obnubiler, de m'influencer et de se renforcer en même temps que je l'intégrais. En somme l'éducation patriarcale, parentale et scolaire, avait déjà bien fait son travail.

De fait j'optais pour une attitude de rejet vis-à-vis des sexes de mecs. Ainsi, j'étais extrêmement pudique puisque honteux de mon corps, ou tout du moins d'une partie, et terrorisé par les éventuelles réactions ironiques, moqueuses, blessantes des autres. J'ai aussi le souvenir très ancien et vague d'un bain pris avec mon père où la vue de son pénis "gigantesque" m'avait surpris et dégouté. D'ailleurs encore maintenant, je ne trouve pas un pénis très beau, et puis, plus c'est gros plus c'est moche ; enfin ça, c'est plus une histoire d'esthétique !!

Attitude de rejet non sans conséquences nombreuses, tellement le pénis est un axe majeur de la construction masculine. Le corps entier des mecs est assimilé à leur sexe, à une arme (1). "Bien monté" ou "mal monté", tel est la question. D'ailleurs on dira d'un mec "éfféminé" qu'il n'a pas de couilles, que c'est une "pédale"... Bref, que ce n'est pas un vrai mec, et qu'il devra donc subir la domination des hommes.

L'univers masculin est régi par un concept creux et mythique : la virilité. Ce mythe sert surtout à distinguer les hommes des femmes, à rejeter celles-ci dans un rôle social inférieur, et à justifier ce rejet au nom de prétendues qualités masculines naturelles, dont l'ensemble formerait justement cette virilité (2). Virilité que nous devons sans cesse nous réaffirmer et comparer à celle des autres hommes : bite, muscles, conquêtes, pouvoir... N'estimant pas avoir les attributs nécessaires à cette compétition, et ayant peur d'un rejet éventuel, je me suis exclu en partie de la maison des hommes en refusant d'avoir des relations avec des femmes ou en mettant un terme à celles-ci avant qu'il y ait relation sexuelle. Et une relation homosexuelle me direz-vous ? Je n'y pensait même pas car la norme c'était (et c'est toujours...), entre autre, d'être hétérosexuel. Tout ceci fait que j'ai établi des stratégies de fuites afin de ne pas avoir à dévoiler mon "handicap". Conduites qui se renforçaient d'heure en heure, d'année en année, pour devenir quasi innées, et déboucher sur des comportements délirants, absurdes : refus d'aller à certains endroits, de sympathiser, d'établir des relations affectives, etc…

Quant à la masturbation, sa pratique ne m'a pas vraiment permis de me réapproprier mon corps. La recherche de plaisir, au début de l'acte, se transformant rapidement en recherche de l'éjaculation afin d'être "débarrassé".

Est-ce uniquement pour cette raison ou est-ce à cause de mon début de questionnement, en tout cas j'ai développé une réflexion, une sensibilité et des attitudes qui échappaient un tant soit peu au modèle masculin dominant. Je n'étais pas tout à fait un homme, un qui a des couilles, quoi ! C'est sans doute pour cela que j'ai pu commencer à me dire: y'en a marre, accepte-toi comme tu es, rencontre des gens plutôt que de fuir, plutôt que de te prendre la tête sur des futilités, pose-toi d'autres questions : mon hétérosexualité comme conséquence de mon éducation, la pénétration-éjaculation comme aboutissement logique de tout rapport sexuel, la pénétration comme instrument de domination, etc. La remise en cause de ces comportements normatifs n'aurait pu se faire sans ma rencontre avec des copines féministes et des copains homos antisexistes. Et maintenant me direz-vous ? J'essaye d'assumer, de revendiquer une sexualité où orgasme et pénétration ne sont pas des finalités, une sexualité seulement faite de plaisirs.

Cette société patriarcale de merde a gaché toute une période de ma vie, et je n'en ai que plus de rage pour la détruire, pour foutre en l'air notre oppression séculaire sur les femmes, pour éradiquer le féminin et le masculin, pour combattre la lesbo/homophobie, pour continuer à me prendre la tête, pour trouver de nouveaux types de relations.

1 D. Welzer-Lang, Le viol au masculin, L'Harmattan, 1988.
2 G. Falconnet, N. Lefaucheur, La fabrication des mâles, Seuil, 1975.


Ecrit par post-Ô-porno, le Jeudi 23 Mars 2006, 21:26 dans la rubrique "Sexualité(s)".
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