*De l'égalité des deux sexes, discours physique et moral où l'on voit l'importance de se défaire des préjugez
ENFANTS D'HOMOSEXUELS, ENFANTS INVISIBLES

-> Une info lue sur :
Le blog de Frédéric Joignot.
Amiens: Le 14 février la justice confirme l'adoption d'un enfant par la compagne de sa mère. AP | 14.02.2007 |
Le 21 février, la Cour de Cassation infirme. L'homoparentalité est jugée "contraire à l'intérêt supérieur de l'enfant". AP | 24.02.2007 |
En France pourtant plus de 100.000 enfants, sans doute 200.000 ou plus, vivent avec des parents homosexuels.
La cour d'appel d'Amiens confirmait en appel, mercredi 14 février, l'adoption d'un garçon par la compagne de sa mère. Le tribunal de grande instance d'Amiens (Somme) avait autorisé cette adoption le 8 septembre dernier, mais le parquet avait fait appel. En appel, l'adoption de l'enfant a été reconnue, établissant un lien juridique entre le "beau-parent" et l'enfant, dans l'éventualité notamment où la mère biologique serait décédée ou se trouverait dans l'incapacité d'exprimer sa volonté. C'est un geste important allant dans le sens de la protection de l'enfant, la facilitation des démarches administratives (en cas de décès mais aussi de décisions médicales importantes, ou pour l'obtention d'un passeport, etc)
Hier, coup d'arrêt. La Cour de cassation a interdit l'adoption d'un enfant par la compagne de sa mère biologique. Les magistrats ont estimé que cette adoption était contraire à «l'intérêt supérieur» de l'enfant. C'est un pas en arrière, alors que plusieurs décisions de justice ont déjà reconnu les familles homoparentales, notamment afin de ne pas laisser ces enfants dans un vide juridique ou de situations affectives dramatiques - mal être qui a beaucoup joué dans la reconnaissance de l'homoparentalité en Espagne et en Belgique.
Ci-dessous, deux articles. L'un sur les différentes prises de position du candidat Nicolas Sarkozy sur la question de l'homoparentalité - et plus généralement des "valeurs" : famille, droit des enfants, homosexualité, paternalisme.
Le second est une enquête qui présente les témoignages de trois enfants élevés par des parents homosexuels, et de chercheurs et sociologues sur ces questions sensibles (publié dans Le Monde 2 en juin 2005)
(1) QAND L'HOMOPHOBIE S'INVITE DANS LA PRESIDENTIELLE
Les différentes prises de position du candidat Nicolas Sarkozy
« -Je n’accepte pas qu’on me dise que je suis homophobe parce que je refuse l’adoption par les couples homosexuels ! ». Nous sommes le 5 février sur TF1, pour la première de l’émission « J’ai une question à vous poser ». Nicolas Sarkozy répond sur son refus du mariage homosexuel à un invité qui lui reproche de jouer le jeu de la discrimination, rappelant que des dizaines de milliers d'enfants sont élevés par des couples homosexuels en France. Le candidat se défend : « -C’est mon droit de considérer que le mariage c’est l’institution familiale qui permet d’avoir des enfants »
L’invité : « -C’est archi-faux ! Il y a plein de couples mariés qui n'ont pas d’enfants, qui n’ont pas l’intention d’en avoir. Un autre invité : « -Le mariage permet aux mariés, Monsieur, d’avoir de grandes facilités au niveau de la législation… Après cet échange vif, Nicolas Sarkozy s’explique sur le fond. Il s’oppose au mariage entre homosexuels au nom d’une conception traditionnelle de la famille : un père, une mère, un enfant. « Si on accorde le mariage homosexuel, cela veut dire qu’on s’apprête à reconnaître la possibilité pour les couples homosexuels d’adopter des enfants. On donne alors à la société une image de la famille qui n’est pas celle que je souhaite que l’on donne (…) deux papas ou deux mamans (…) La famille, c’est fait pour protéger et pour élever des enfants. »
L'AMOUR HOMOSEXUEL
Aussitôt après cette profession de foi rassurante pour son camp - 300 députés UMP ont adhéré à l’« Entente parlementaire » opposée à l’adoption par les couples homosexuels -, Nicolas Sarkozy, coutumier d'être présent sur tous les fronts, ajoute qu’il entend reconnaître « l’amour homosexuel », « aussi sincère que l’amour hétérosexuel ». Une prise de position importante, et bien venue au moment où les agressions contre les homosexuels augmentent partout en France. Il défend l’idée d’un « contrat d’union civile » pour les homosexuels, signé devant le maire, avec divers avantages fiscaux, sociaux et patrimoniaux. Mais pas le mariage. Il précise alors : « Je suis le premier homme de droite à le proposer » - en fait François Bayrou propose la même chose. Et conclut : « Donc, j’ai fait une avancée qui, me semble-t-il, devrait m’éviter d’être traité d’homophobe, mais enfin, je mets ça sur le compte de l’émotion. »
Piqué au vif, le premier invité riposte : « Non, non ! »
Nicolas Sarkozy reprend : « Je n’accepte pas qu’on me dise que je suis homophobe parce que je refuse l’adoption par des couples homosexuels. »
CONTRE NATURE
Pourquoi Nicolas Sarkozy insiste tant à ne pas paraître « homophobe » ? Il traîne plusieurs casseroles sur le sujet. Il a participé à la grande manifestation anti-pacs du 7 novembre 1997 appelée par le « Collectif pour le mariage », qui regroupait des députés de droite, des militants des AFC (association familiales proches du FN), Christine Boutin la passionaria anti-pacs de l’époque, de nombreuses associations traditionalistes comme l’Alliance pour les droits de la vie (opposée à l’avortement), le Rassemblement pour les mères au foyer, Enfance et sécurité, la Mouette, etc. Une manifestation où l’on a entendu crier « Les pédés en prison ! », « Aimeriez-vous être élévés par un couple contre nature ? », « 2 papas, 2 mamans, bonjour les dégats ! ».
Seconde casserole : en juin 2006, Nicolas Sarzozy a confié au philosophe Luc Ferry, en grand tapage, une mission d’étude sur le mariage gay et l’homoparentalité. Hélas, à peine Luc Ferry a-t-il commencé ses auditions des différentes associations homosexuelles, citoyens, juristes, etc, Nicolas Sarkozy a arrêté sa position: contre le mariage homosexuel. Dépité, Luc Ferry interrompt sa mission.
INFERIEURS MORALEMENT
Troisième casserole : le député apparenté UMP Christian Vanneste tient en janvier 2005 à l’Assemblée Nationale, puis à la Voix du Nord et Nord Eclair, des discours inquiétants : « Le comportement homosexuel est une menace pour la survie de l’humanité », « l’homosexualité est inférieure à l’hétérosexualité ». Ces propos sont condamnés en première instance par la Cour de Lille pour « incitation à la haine » (24/01/06). Christian Vanneste récidive sur Europe 1, en juillet, « Je dis qu’ils sont inférieurs moralement », puis affirme qu’il est la victime du politiquement correct : « un lobby terroriste sur le plan intellectuel » règne en France, sa condamnation est un « attentat contre la démocratie », ses déclarations sur les homosexuels relèvent de la « liberté d’opinion ». Ce à quoi le tribunal de Douai répond, en appel, le 25/01/07 : l’insulte publique contre l’orientation sexuelle d’une personne, qui plus est à la tribune du Parlement, ne relève pas de la liberté d’expression. Christian Vanneste est condamné et doit verser 3000 euros d’amendes.
Alarmés, les associations homosexuelles et le PS demandent des explications sur le cas Vanneste au patron de l’UMP. Nicolas Sarkozy répond dans le Figaro : « Je condamne fermement ce qu’il a dit. Je ne veux ni de près ni de loin être associé à des propos homophobes. » Bravo. Les associations demandent à M. Sarkozy si l’UMP va adouber Christian Vanneste aux prochaines élections parlementaires. Il répond « non » : il ne sera pas « réinvesti » par l’UMP. Courageux.
Problème : à ce jour, l’UMP n’a toujours présenté de candidat dans la 10e circonscription du Nord contre Christian Vanneste, qui demeure donc le candidat de la droite et de l’UMP aux prochaines législatives.
RECRUDESCENCE DES AGRESSIONS
On comprendra mieux pourquoi Nicolas Sarkozy ne veut pas se laisser soupçonner d’« homophobe », quand on consulte sur 2 ans la liste des agressions anti-homosexuelles sur l’observatoire SOS Homophobie, au Conservatoire des Archives Gays et Lesbiennes ou encore la page « faits-divers » du Parisien. La recrudescence des actes violents et haineux frappe. Par exemple l'été dernier, le 10 août 2006, Le Parisien annonce en têtière une « Flambée de violences anti-homos », relatant plusieurs faits-divers graves, dont le tabassage et la torture d’une jeune comptable gay, Bruno Wiel, enlevé en plein Marais puis laissé pour mort, dans le coma, nu, dans un parc de Vitry. Regroupant sur une double page plusieurs témoignages d’homosexuels agressés en juillet-août 2006, le quotidien relate comment un couple homo vivant en HLM dans une cité du 93 s’est vu attaquer au cocktail Molotov aux cris de « Sales pédés on va vous brûler ! On va vous empêcher de dormir jusqu’à ce que vous dégagiez ! ».
Une recherche sur l’été 2005 révèle une même « flambée ». Le 14/07 des casseurs pénètrent chez un couple d’homosexuels de Rambouillet, les insultent et les torturent. Le 16/07 deux homosexuels sont agressés à Avignon par quatre jeunes armés de battes de baseball. Le 10/08, à Reims, après deux agressions en juillet, dont l’une au cutter, deux homosexuels sont passés à tabac, avec tentatives de meurtre, et volés.
Cette augmentation des actes homophobes, constatée par plusieurs observatoires, déjà analysée par des sociologues – Daniel Welzer Lang parle d’un « repli viriliste » chez les jeunes de banlieue » - montre qu’il devient urgent pour les politiques de clarifier leur position sur la question homosexuelle.
De la distinguer clairement de l’homophobie.
À suivre.
(2) ENFANTS D'HOMOSEXUELS, ENFANTS INVISIBLES
Devenue adulte, la première génération des enfants d'homosexuels, estimés entre 100.000 et 200.000 en France, témoigne. Plusieurs d'entre eux parlent ici, bousculant toutes les idées reçues et les condamnations abstraites ou haineuses. Le 25 juin 2005, la Gay Pride, rebaptisée Marche des fiertés, avait pour thème "Couple et parentalité. L'égalité maintenant !" Elle avait rassemblé 500.000 personnes.
(enquête publiée dans Le Monde 2, juin 2005)