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*Hot Vidéo : le journalisme mène à tout, même au porno

--> Presse
Hot Vidéo : le journalisme mène à tout, même au porno




-> Un article lu sur : Rue89


Quand on ouvre les pages de ce magazine pornographique en papier glacé, ce ne sont finalement pas forcément les multiples emboîtements qui suscitent la curiosité. On se demande surtout qui sont les plumes qui placent leurs mots entre toutes ces paires de seins, de fesses et de sexes.
Le contenu de Hot Vidéo est assez inégal. On peut tomber sur un reportage intéressant ou un portrait bien écrit, comme celui de l'actrice Skin Diamond, et certaines chroniques sont drôles.

« La façon dont on parle des femmes, c'est un jeu de provoc »

Mais parfois on tombe aussi sur une bonne grosse dose de beauferie. « Pourquoi nier les origines raciales, les différences de couleur, les charmes de l'exotisme ? », s'interroge ainsi « FB » dans une chronique sur un film intitulé « Chocolate Pie », dont il explique qu'il « réunit un casting 100% négresses, offrant de bon cœur ces splendides jeunes filles subsahariennes à des gentlemen de race blanche. »

Et puis, de temps en temps aussi, le terme « salope » remplace celui de « femme ».

Dans les locaux, rien de tout cela. Les journalistes sont charmants, courtois et disponibles. Que des hommes dans une ambiance plutôt feutrée. La salle principale recouverte de moquette au sol est animée de la musique d'Alex, l'archiviste. Il écoute un disque d'Ali Farka Touré en triant de vieilles photos du magazine né en 1989. Les femmes nues des précédents Hot Vidéo s'affichent au mur – mais quelle rédaction n'affiche pas ses unes au mur ?

Les articles de Pierre Cavalier ne sont pas, comme d'autres, parsemés de clichés sexistes, mais il justifie :

« La façon dont on parle des femmes fait partie d'un jeu de provoc. Il y a une espèce d'opprobre sur le porno et selon laquelle ce milieu ne respecte pas les femmes. On a tendance en réaction à appuyer cet aspect. Nous ça nous fait rire, mais il y a effectivement peut-être des gens qui prennent cela au premier degré. En réalité ce n'est pas du tout ça, il faut savoir lire entre les lignes. »

« Toutes mes économies partaient dans le porno »

Les journalistes de la rédaction ont tous deux points communs : une signature d'emprunt (qu'ils utilisent d'ailleurs pour témoigner dans cet article) et une absence de gêne ou de honte à travailler pour leur magazine. Certains ont demandé et obtenu la carte de presse, d'autres ne l'ont pas voulue. Ensuite, les chemins qui les ont menés aux locaux d'Hot Vidéo sont très différents. (Voir le diapo sonore)

Quand il arrive en 1993, Pierre Cavalier est trop heureux, car passionné de porno depuis l'âge de 10 ans :

« Toutes mes économies partaient dans le porno. J'adorais ça, c'était une vraie passion. Tout m'intéressait : les acteurs, les réalisateurs, les producteurs. En plus, comme j'étais assez timide avec les femmes… »

« Grâce à Dieu, je ne fais plus trop de chroniques de films »

Pour ce quarantenaire, le porno c'est d'abord un art. Il critique donc amèrement la majorité des films qui sortent, ceux qui se revendiquent du porno gonzo, filmés avec une petite caméra très mobile et souvent tenue par les acteurs :

« Aujourd'hui, l'objectif du porno est uniquement masturbatoire, il n y a plus aucune créativité. Sur le plan érotique, c'est le vide absolu et c'est même le contraire de l'érotisme. Or les éditeurs ne nous envoient à 90% que des films gonzo. »

Pierre raconte ne plus rien éprouver en regardant ces films. Quand on lui demande s'il ressent de la lassitude à devoir les regarder, il répond :

« Ce n'est pas que j'en ai marre, c'est que c'est insupportable. Pour une critique, il suffit de visionner les trois premières images pour comprendre ce qu'il faut en penser. Grâce à Dieu, je n'en fais plus trop mais le schéma est toujours le même, basé sur un cahier des charges rigoureux, pas fun du tout.

La fille arrive, elle fait un petit strip, deux trois pipes, une pénétration dans quatre ou cinq positions, la sodo, et une double pénétration s'ils sont deux. Avec, en fond, toute la vision machiste du porno gonzo habituelle. Il faut qu'on sente que madame est dominée. »

La nostalgie d'une « main dans une culotte »

Loin de tous les rapports sexuels un peu vulgaires du porno, le journaliste loue son âge d'or des années 70 :

« Le problème du gonzo, c'est qu'on ne montre rien. On est dans la performance. Dans les années 70, il pouvait y avoir plein de choses qui arrivent dans la vie de tous les jours et qui sont follement érotiques.

J'hallucine que les réalisateurs d'aujourd'hui n'y pensent pas, parce que ce sont des choses simples. Une main dans la culotte par exemple… Et puis les acteurs ne se touchent pas. Ça peut sembler bête à dire, mais ce qui manque aux films porno aujourd'hui, c'est de l'amour. »

Journalistes professionnels contre passionnés

Quand on rencontre ces journalistes, un aspect frappe rapidement : le fossé entre les nouvelles générations de journalistes, qui semblent d'abord voir dans le porno une industrie, et les anciennes, qui l'aiment réfléchi. Leur relations sont cordiales mais Pierre Cavalier explique :

« Il y a beaucoup de rédacteurs qui sont passés ici. Ces dernières années, on a davantage embauché de professionnels parce que le problème des passionnés de porno c'est qu'ils avaient aussi un état d'esprit de fans : ils venaient pour rencontrer des actrices… »

En poste depuis trois ans au Web, Gérôme fait partie des dernières recrues. Après son IUT de journalisme à Bordeaux, il a d'abord beaucoup travaillé en tant que freelance pour le magazine Trax. Mais quand celui-ci a déposé le bilan, il s'est vu perdre sa source principale de revenus et a donc répondu à une offre d'Hot Vidéo.

Le journal a l'avantage de mieux payer ses journalistes – entre 2 500 et 3 500 euros net – que la majorité des rédactions à la santé fragile.

Gérôme ne pense pas rester dans le porno toute sa vie. Même s'il juge ce milieu « attachant », ça n'est pas une passion pour lui :

« Le porno a d'abord une fonction utilitaire. On croise parfois des réalisateurs qui ont des ambitions artistiques, et t'as juste envie de leur dire : “Non, mais qu'est ce que tu fous là ? Fais autre chose, va ailleurs.” »

« Je serais aussi capable d'écrire sur des tomates et des carottes »

Avant d'intégrer la rédaction d'Hot Vidéo, Thomas Musat, également issu de cette nouvelle génération de journalistes, a couvert « les plus grands événements sportifs mondiaux » :

« Je suis très content de découvrir ce milieu, mais je serais aussi capable d'écrire des articles sur des tomates et des carottes sans aucun problème. Je viens du journalisme sportif et interviewer une actrice de cul ou un joueur de Ligue 1, pour moi, c'est la même chose. »

La trentaine, Gérôme et Thomas n'ont aucune nostalgie dans leurs propos, contrairement à Pierre ou encore à Alex, l'archiviste, qui dit :

« On a connu Led Zeppelin et les Beatles, et maintenant on doit se contenter de Lady Gaga. Moi j'ai vu la montée du porno, sa gloire, mais j'ai aussi vu sa descente. On a quand même organisé pendant dix ans les Hots d'Or, c'était l'événement le plus prisé et branché de Cannes. Tout le monde voulait y être.

Aujourd'hui, les seuls qui s'attachent à faire de la qualité, du cinéma, ce sont les femmes. Notamment avec l'émergence d'un vrai cinéma lesbien qui n'est pas destiné à assouvir les fantasmes des hommes, mais ceux des femmes. Ça c'est intéressant. »

« Ici, il y a quinze ans, vous étiez sûre de tomber sur une star »

Les temps changent. L'heure est à la gratuité, à YouPorn et Pierre constate :

« Le porno est moribond. C'est le genre qui va mourir en premier. Aujourd'hui, très peu d'actrices travaillent. La plupart bossent chez elles ou sur Internet. Elles font des films amateurs ou des films gonzo. Il n y a plus de production. Vous seriez venue ici il y a quinze ans, vous étiez sûre de tomber sur une star. On ne voit quasiment plus personne aujourd'hui. »

Ce que regrettent Pierre et Alex, ce sont aussi les milliers de lecteurs qu'ils ont perdus. Avec l'émergence du porno gratuit, ils sont passé de 100 000 exemplaires vendus par mois dans les années 90 à 50 000 aujourd'hui. Un chiffre qui devrait encore baisser car, comme l'explique Pierre :

« On a fait un sondage qui nous a permis de réaliser que plus de la moitié des lecteurs de Hot aujourd'hui n'ont toujours pas Internet. C'est cela qui explique que nous arrivons encore à vendre notre journal. Le jour où tout le monde aura Internet, ce sera la mort du support papier. »

Renée Greusard  25/07/2011
Ecrit par post-Ô-porno, le Dimanche 24 Juillet 2011, 14:39 dans la rubrique "Post-porn".
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